Table co-animée par Oxfam-Magasins du monde et achACT autour du commerce équitable et des marchés publics  de vêtements de travail 

« Marchés publics, un levier d’influence vers une plus grande durabilité »

Autour de la table, des militants actifs au sein d’Oxfam-Magasins du Monde mais aussi des citoyens venus d’horizons très divers et qui ont participé très activement aux discussions avec les candidats. Le conseil communal de la Ville de Liège a voté, le 3 septembre 2018, une motion visant à orienter les marchés publics de fourniture de vêtements de travail vers des achats durables qui tiennent compte des droits des travailleurs qui les fabriquent. Les partis sont-ils prêts à concrétiser cet engagement dans la prochaine déclaration de politique générale ? Sont-ils prêts également à introduire des critères de commerce équitable dans les marchés publics d’alimentation et de boissons ? Tous les candidats s’y sont engagés. Mais avec des nuances. 

Réponses des candidat.e.s :

Pour Murielle Frenay, conseillère provinciale (Vert Ardent, Ecolo), la réponse positive est évidente. Depuis 2007, elle a été la première à proposer d’intégrer les critères sociaux et environnementaux dans les marchés publics de la province. La motion votée en septembre est un pas important mais pour qu’elle se concrétise, la conseillère Ecolo insiste sur les nécessaires interpellations des citoyens. Cet engagement pourrait se faire via le budget participatif mis en place à Liège cette année.

La ville n’est toujours pas « commune du commerce équitable ». Murielle Frenay estime que cela doit figurer dans la déclaration de politique générale. Elle insiste cependant sur le fait que le commerce équitable ne doit pas se limiter à vouloir «aider les autres ». « Il faut changer de logiciel et concevoir le commerce équitable en termes d’égalité de traitement » Pour atteindre l’objectif, il faut un réel soutien de la commune.

Avec Julien Delaunois (MR), on est dans une tout autre approche : Son parti ne s’opposera pas à l’introduction de critères sociaux et environnementaux dans les marchés publics à condition que cela n’entraîne pas un surcoût pour la ville et donc pour le citoyen. Les citoyens, dit-il, ne seraient pas d’accord de voir augmenter leurs impôts parce que la ville ferait le choix du commerce équitable. Pour le candidat MR, ce choix doit être individuel. Interpellé sur la responsabilité morale des pouvoirs publics face à la réalité de l’exploitation des travailleurs dans le secteur des vêtements de travail, Julien Delaunois reconnaît qu’il faut « faire quelque chose » mais ajoute aussi que l’endettement de Liège est important et qu’il existe aussi beaucoup de pauvreté dans la ville. Les citoyens, conclut-il, sont « libres d’interpeler le conseil communal s’ils souhaitent susciter des envies de changement » dans l’attribution des marchés publics.

Benoît Drèze, conseiller communal CDH dit oui à l’introduction de critères environnementaux dans les marchés publics en favorisant les circuits courts mais ajoute que pour les critères sociaux, il est « plus prudent ». La sécurité sociale a été chez nous l’aboutissement de luttes sociales, dans les pays producteurs de vêtements, « il ne faut pas forcer les travailleurs s’ils ne sont pas prêts ». Il craint par ailleurs que l’achat de vêtements durables « dans les pays limitrophes » ne coûtent « trois fois plus cher ». En ce qui concerne le commerce équitable ?  Benoît Drèze assure qu’il n’a jamais été interpellé à ce sujet au conseil communal mais si, suite aux élections, il se trouve au Collège, l’endroit « où les choses se décident en matière de marchés publics », il promet de recevoir les représentants d’Oxfam-Magasins du Monde.

Pierre Stassart, échevin PS, veut que la motion votée le 3 septembre, s’accompagne d’objectifs chiffrés. C’est relativement aisé, dit-il, pour les vêtements moins pour les aliments et boissons où le marché est plus important. Le candidat PS insiste sur la difficulté de convaincre la direction financière de la ville qui agite la menace d’un refus d’approbation du marché public par la tutelle, c’est-à-dire la Région wallonne. Pour le marché public de l’achat de fruits et légumes pour les écoles, il y a eu, dit-il, un vrai « bras de fer » avec le directeur financier. Pour Pierre Stassart, il faut, au sein du personnel actif pour les marchés publics de la ville, « des personnes motivées et indépendantes de la direction financière ».  Il reconnaît que cette « motivation » doit aussi exister au niveau politique pour convaincre les réticences rencontrées dans l’administration.

Céline Lambeau (Vega) se montre très déterminée sur la nécessité d’intégrer les critères sociaux pour les marchés publics de vêtements mais aussi d’équipements scolaires, les chantiers, « partout où il y a des dépenses publiques ». La candidate Vega a une approche très différente du MR à propos de la responsabilité individuelle ou publique dans les achats durables. C’est à la ville de montrer la voie à suivre. « Elle doit communiquer sur ce qu’elle fait pour éveiller les consciences. Que l’autorité publique montre l’exemple ».

Interrogé sur le commerce équitable, Mehdi Salhi (PTB) répond d’abord en défendant le commerce de proximité face aux grands centres commerciaux. Il reconnaît que les électeurs du PTB sont très peu informés sur le commerce équitable et ses enjeux. La question du prix est essentielle pour un public défavorisé. Le PTB s’est battu contre la fermeture d’un Aldi dans le centre de Liège. N’est-ce pas incohérent de défendre ainsi une multinationale ? Mehdi Salhi en est conscient mais rappelle qu’il s’agit d’un commerce qui pratique des prix très bas. « Il ne faut pas être déconnecté des réalités sociales. Une autre approche du commerce doit se faire étape par étape ».

Compte-rendu d’achACT : http://www.achact.be/